Est-ce-là que l’on habitait ? (Méditerranée)

« La notion de ruine concernera des objets architecturaux.
Et plus précisément des édifices généralement creux, autrement dit les constructions qui, à l’origine,
habitées ou non, mettaient en relation un dedans et un dehors.
Ce qui fait ruine, c’est moins l’état de délabrement, de dégradation ou de destruction d’un bâtiment
que la tombée de ce qui, auparavant, servait à séparer ou à faire communiquer,
sur une infinité de modes, des dedans et des dehors. Ruine désigne cette tombée.
“ Tomber en ruine ” est un pléonasme.
Ruine atteste proprement l’annulation des différenciations entre intérieur et extérieur. »
Emmanuel Hocquard, Ruines à rebours, Paris, Éditions de l’Attente, 2010

« Pollet : le seul cinéaste qui n’ait filmé que du point de vue du revenant »
Serge Daney

Est-ce là que l’on habitait ? est un voyage dans le temps (passé et présent) et dans les mémoires (intimes et politiques) autour de la Méditerranée. Cette série rejouera une histoire dont les rivages de cette mer portent l’empreinte. Elle y creusera, pour l’amener à la surface, une vision du monde portée par une métaphysique, c’est-à-dire toujours, avant tout, un pari vers l’inespéré en interrogeant la ruine non seulement comme vestige du passé mais aussi comme oracle face à un temps présent tourmenté, où tout vacille…
Ce projet est aussi un écho à un film adoré, Méditerranée de Jean-Daniel Pollet, véritable plongée aux sources méditerranéennes de notre civilisation tout en créant une équivalence avec la pensée en tant que lieu où se fabriquent les associations du langage poétique. Il ne s’agit pas d’apporter un quelconque témoignage, mais plutôt de tresser les temporalités entre elles. Pour cela, prendre position en disant qu’un lieu qui porte un nom le gardera toujours ; mais qu’entre temps, sur son sol, il y a des passages, des corps plus ou moins douloureux, éprouvés, qui passent. Il revient de saisir un instant les spectres qui passent dans les ruines, la poussière, dans les remous, dans les rues offertes aux peuples, plus ou moins illicites. Mais contre les faux pouvoirs, réinventer notre loi. Les pièces du jeu sont reprises, elles seront relancées, autres et les mêmes, de la même façon et différemment…

Cette série en cours a reçu le soutien du CNAP dans le cadre de son programme d’aide à la photographie documentaire.

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